L’augmentation des revenus familiaux de 75% ; l’émergence d’une dynamique de planification locale ; l’alphabétisation de plus de 6600 adultes ; la mise en valeur de 4000 à 5000 hectares de périmètres irrigués aux rendements rizicoles dépassant la moyenne nationale ; la création d’une mutuelle d’épargne et de crédit ; le désenclavement de la zone par l’aménagement d’un réseau routier.
Ces résultats de développement intervenus parmi d’autres dans différents secteurs d’une région très reculée du Sud profond de Madagascar sont l’œuvre du Projet de mise en valeur du Haut Bassin de Mandrare (le PHBM), un projet du Ministère Malgache de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche (MAEP) lancé dès 1996, financé par le Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA) et réalisé entre 2001 et 2008. Au cours de son déroulement, le projet n’a cessé de chercher à approcher une gestion optimale de ses interventions pour atteindre les changements attendus. Nous allons rendre compte de ses avancées et en particulier de son système original de Suivi et Evaluation (S- E) tout au long des semaines à venir dans le cadre du développement En Ligne du premier Sourcebook de l’AfCoP.
L’amélioration du système de S-E du PHBM fait partie de l’Initiative en Suivi-Evaluation et Gestion du Savoir (SEGS) du Programme FIDA qui s’inscrit lui-même dans le Cadre d’orientation stratégique des opérations du FIDA (COSOP) à Madagascar pour la période 2007-2012. Cette initiative s’intègre au niveau micro dans les préoccupations des projets, et au niveau meso et macro, dans les mécanismes prévus pour le pilotage du Madagascar Action Plan (MAP), qui trace les contours de référence pour l’alignement des objectifs de développement des parties prenantes. L’initiative suit une stratégie de mise en œuvre partant du terrain qui a pour principe directeur « Apprendre en marchant », et s’attache à prioriser les informations à la portée des acteurs, tout en promouvant une approche participative. L’initiative est décrite avec plus de détails sur son site à l’adresse :
www.segs-mada.net
Nous examinerons tout d’abord dans le présent article l’historique de la mise en place du système de S-E du PHBM. Mais avant cela, il convient de revenir brièvement sur le contexte et l’ambition de ce projet.
Le PHBM prend place au Sud de la grande île dans une région aux sols fertiles, présentant une forte potentialité pour la riziculture. La première phase du projet avait pour objectif de satisfaire les besoins les plus élémentaires en termes d’infrastructures pour cette zone oubliée par tous les investisseurs. Pendant la deuxième phase, marquée par une extension à la fois géographique et thématique, le PHBM est devenu un projet de développement rural intégré. Ce projet concernait plus de 100 000 habitants, très majoritairement des agriculteurs.
Jusqu’à sa mi-parcours en 2005 et malgré des investissements considérables, le projet a rencontré des difficultés à mettre sur pied un système de S-E performant pour aider à la décision. Nous faisions alors face :
- au manque d’harmonisation des exigences de suivi et de rapportage des différents partenaires (Bureau du projet, MAEP, Bureau des Nations Unies pour les services d'appui aux projets ou UNOPS et le FIDA) ;
- à la clarification tardive du cadre logique et des indicateurs de S-E ;
- au manque de capacité initiale et au fort roulement des responsables de S-E au niveau du projet ;
- à la faible sensibilisation et mobilisation de l’équipe de projet et des partenaires locaux, y compris les bénéficiaires et leurs associations, et ;
- à la production tardive et l’acheminement irrégulier des rapports d’activité.
C’est seulement à partir de 2006 que le service de S-E a réellement entamé la mise en place d’un système de suivi et évaluation qui réponde aux exigences d’une Gestion axée sur les Résultats du Développement (GRD). Pour arriver à ce changement, nous avons engagé plusieurs actions, dont une réorganisation interne du personnel, une série de formations et un atelier national. J’y ai pris part en tant que Spécialiste en Suivi-Evaluation et Gestion des Savoirs au sein de la Cellule d’Appui au Programme du FIDA (CAPFIDA) à Madagascar, une cellule rattachée au Secrétariat Général du MAEP (
www.capfida.mg).
Nous avons alors franchi de nombreuses étapes qui ont contribué à la réussite du PHBM. Le cadre logique du projet qui avait déjà fait l’objet de plusieurs révisions aussi bien au niveau de la hiérarchisation des objectifs qu’au niveau des indicateurs de S-E, a été rediscuté au sein du projet et avec les partenaires pour être enfin définitivement finalisé. Le système informatisé de S-E a progressivement été amélioré avec l’aide d’un consultant national pour devenir pleinement opérationnel à partir de 2007. Suite à cela, une énorme masse de données collectées antérieurement a pu être intégrée dans la base de données (BDD).
Ces données proviennent beaucoup des bénéficiaires eux-mêmes. Non seulement les populations rurales sont associées au déroulement du PHBM afin de renforcer leurs capacités à court terme et de pérenniser les actions entreprises, mais elles sont aussi au centre de sa démarche de S-E. Pour communiquer avec elles et collecter les données nécessaires au S-E, nous utilisons les canaux de la seule radio opérationnelle de cette zone éloignée de tout centre urbain. Les succès et échecs de ce projet sont transmis par ce média et commentés par tous.
Au fur et à mesure de l’avancement des activités, les données sont enregistrées dans la BDD par les différentes cellules techniques. Cet outil permet désormais d’extraire des données et tableaux de bord de rapportage utiles pour la gestion courante des activités et de faire des analyses sous forme de tableaux croisés dynamiques. Pour la cartographie, un progiciel permet d’actualiser les cartes simultanément à l’ajout de nouvelles données dans la BDD.
La quasi-totalité de la masse de connaissances générée tout au long du projet est disponible sur le site
www.phbm.mg. Le projet a intégré le concept de pérennisation des acquis dès le stade de la conception et son opérationnalisation a eu lieu au cours du projet à travers le programme de pérennisation des acquis et de transfert des avoirs et des savoirs (PATAS).
Nous continuerons à analyser les spécificités du système multidimensionnel de S-E du PHBM lors de prochains articles. Avant cela, nous attendons vos réactions et commentaires pour poursuivre le dialogue sur ce premier article. Que pensez-vous de cette brève présentation ? Les problèmes que nous avons rencontrés au niveau de la collecte et du rapportage des données correspondent-ils à des difficultés auxquelles vous avez fait face ? Vous souhaitez en connaître davantage sur un point précis ? N’hésitez pas à nous en faire part, nous nous efforcerons d’y répondre.